Les mythes Fairtrade

 

La plupart des gens connaissent Fairtrade. Et pourtant, des malentendus subsistent souvent quant à sa nature et son mode de fonctionnement.

Qui n’a jamais entendu cela ? Le copain de comptoir qui déclare sérieusement que Fairtrade n’aide pas réellement les cultivateurs et qu’il ne s’agit que d’une supercherie de marketing visant à faire payer plus cher des produits de base. Les généralisations et les paroles en l’air sont de plus en plus fréquentes. Mais compte tenu des nombreuses informations apparemment contradictoires qui circulent en ligne et de la chute de confiance des consommateurs vis-à-vis des marques et de la publicité traditionnelle, il est vrai qu’il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux.

Ci-dessous, un aperçu de quelques mythes les plus récurrents :

Mythe 1 : « Les produits Fairtrade coûtent plus cher »

Il arrive que des produits Fairtrade soient plus chers mais ce n’est certainement pas une règle.  Pour les bananes Fairtrade ou le café par exemple, les prix ne sont généralement pas plus élevés que la moyenne. Lorsque certains produits sont plus chers, ce n’est pas dû au prix minimum ni à la prime, mais souvent parce que le Fairtrade y est encore un “marché de niche” avec une rentabilité relativement limitée. Comme pour le Bio, le prix des produits Faitrade diminuera au fur et à mesure que la demande augmentera.

Mythe 2 : « Tout le monde peut apposer le logo Fairtrade sur ses produits et prétendre qu’ils sont éthiquement responsables. »

L’idée que des entreprises se contentent d’apposer le label Fairtrade sur leurs produits pour se donner une image éthique est erronée. Ce logo est un label de certification déposé pour les marchandises achetées auprès de producteurs du Sud. Les produits portant ce label doivent satisfaire aux normes Fairtrade, qui sont fixées par Fairtrade International.

Ces normes s’appliquent aussi bien aux producteurs (cultivateurs et travailleurs) qu’aux négociants (les fournisseurs du magasin où vous faites vos achats) et sont convenues après contrôle et concertation avec les parties Fairtrade concernées, telles que les organisations de cultivateurs et de travailleurs, les négociants, les experts indépendants et les organes Fairtrade nationaux comme Fairtrade Belgium en Belgique.  

Lorsqu’une entreprise veut faire certifier l’un de ses produits (et donc apposer le label Fairtrade sur son emballage), il faut d’abord s’assurer qu’il satisfait aux normes évoquées ci-dessus. Toute entreprise qui « se contente d’afficher le logo Fairtrade sur son produit » sans satisfaire aux normes pour ce produit, court le risque de faire l’objet d’une enquête, voire d’une procédure judiciaire.

Mythe 3 : « Seul un faible pourcentage du prix payé pour un produit Fairtrade revient à l’agriculteur. »

C’est une phrase que l’on entend régulièrement et qui repose sur un malentendu selon lequel les cultivateurs Fairtrade perçoivent un pourcentage du prix d’achat payé en magasin ; mais ce n’est pas le cas.

Le prix de vente payé par le consommateur est entièrement déterminé par le magasin où il fait son achat.

Bien que cela puisse sembler une bonne idée de verser aux cultivateurs et travailleurs un pourcentage du prix de vente en magasin (pour pouvoir montrer l’impact de Fairtrade du point de vue du consommateur), cela ne résout pas vraiment les véritables inégalités du marché conventionnel. 

Fairtrade fonctionne autrement : l’organisation de producteurs (comme une coopérative de café, par exemple), perçoit le prix Fairtrade au moment où elle vend son produit à la personne suivante dans la chaîne commerciale (généralement un exportateur ou un importateur). Et ce pour que les cultivateurs puissent couvrir leurs frais, même si le prix mondial de leur marchandise diminue fortement. Pour des explications plus détaillées, rendez-vous sur notre page de FAQ.

Mythe 4 : « Fairtrade enferme les cultivateurs dans un prix fixe. »

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du « prix minimum Fairtrade », qui existe bel et bien. Ce prix est conçu comme un filet de sécurité calculé pour couvrir les frais de production des cultivateurs. Il n’entre en vigueur que dans le pire des cas et n’enferme pas les cultivateurs dans un prix fixe.

Illustrons cela par l’exemple de Maria, cultivatrice de la coopérative de café Fairtrade en Colombie. En quelques mots simples : si le prix courant du café chute sous le prix minimum fixé par les normes Fairtrade, il est prévu que la coopérative de Maria reçoive le prix minimum Fairtrade garanti.

Grâce à ce filet de sécurité, Maria et les autres cultivateurs de sa coopérative peuvent couvrir leurs frais de production, de façon à mieux pouvoir planifier leurs revenus et leur budget pour l’avenir. Mais, et ce point est très important, si le prix courant du café est plus élevé que le prix minimum, l’acheteur doit payer le prix le plus fort. Et naturellement, les cultivateurs peuvent également négocier des prix plus élevés en fonction de la qualité et d’autres facteurs.

Il ne faut pas oublier non plus que les producteurs Faitrade ne touchent pas uniquement le prix minimum ou le prix courant, mais aussi une sorte de « bonus » appelé la « prime Fairtrade ». Il s’agit d’un montant complémentaire dont ils décident démocratiquement de la manière de le dépenser au mieux. Certains l’investissent dans une meilleure formation et des techniques agricoles, d’autres dans la construction d’écoles et d’hôpitaux. Fairtrade n’impose rien quant à la façon d’utiliser cet argent ; ce sont les producteurs qui en décident au sein de leur coopérative, moyennant un contrôle des dépenses de la prime pour garantir la transparence. 

Mythe 5 : « Notre entreprise paie TOUJOURS plus les cultivateurs que Fairtrade. »

Il arrive que des entreprises affirment payer toujours davantage leurs cultivateurs que Fairtrade. Mais  au fond, que signifie ce type de déclaration à la lumière des explications que nous venons de donner vis-à-vis du prix minimum/courant ? 

Cela signifie-t-il qu’ils les paient alors plus que le prix minimum Fairtrade ? Mais que se passe-t-il si le prix courant de la marchandise est élevé et que les cultivateurs Fairtrade perçoivent effectivement ce prix ?   

Il ne faut pas oublier non plus que lorsque des entreprises posent de telles affirmations sans être contrôlées par un bureau d’études indépendant, les consommateurs n’ont plus qu’à les croire sur parole.

Le label Fairtrade apposé sur un produit signifie que les ingrédients Fairtrade de ce produit sont contrôlés de manière indépendante par FLOCERT, un organisme de certification indépendant accrédité par l’Organisation Internationale de Normalisation (ISO). FLOCERT peut évincer des organisations de producteurs Fairtrade et n’hésite pas à le faire. Dans certains cas, il peut même annuler leur certification s’il s’avère lors d’un contrôle que les normes Fairtrade ne sont pas respectées.

Dès lors, quand nous disons qu’acheter des produits Fairtrade revient à soutenir les cultivateurs pour qu’ils fassent une meilleure transaction, vous n’êtes pas seulement tenu de nous croire sur parole.

Mythe 6 : « Fairtrade n’encourage pas les cultivateurs à améliorer la qualité. »

Ce mythe est parfois formulé à l’égard des cultivateurs de café Fairtrade selon l’argument que le filet de sécurité du prix minimum Fairtrade ne procure pas ou peu d’encouragement à améliorer leur récolte. 

Mais comme nous l’avons mentionné plus haut, les groupes de producteurs ne sont pas liés au prix minimum. Une production de meilleure qualité peut donc attirer les prix vers le haut, ce qui s’est déjà produit. Les cultivateurs Fairtrade sont donc encouragés à œuvrer pour l’innovation et l’amélioration de la qualité.

Outre le prix qu’ils perçoivent pour leur café, les cultivateurs Fairtrade touchent aussi une prime Fairtrade qu’ils peuvent investir dans des projets au bénéfice de leur entreprise ou de leur communauté. Les cultivateurs de café doivent en investir 25 % dans des initiatives visant à améliorer la qualité et la productivité et c’est là un moyen essentiel d’accroître les revenus des cultivateurs.

Mythe 7 : « Le travail est fait. »

Grâce aux normes Fairtrade, les travailleurs et les communautés du monde entier ont réussi à accéder un peu plus facilement à l’enseignement, aux soins de santé et à de meilleures chances pour les femmes. Mais le combat n’est pas terminé, loin de là. Une petite partie seulement des marchandises mondiales est vendue à des conditions Fairtrade et des défis comme le changement climatique, la volatilité des marchés et les conflits armés constituent une menace immédiate pour les moyens de subsistance. En réalité, il n’y a jamais eu de formule magique permettant de mettre fin d’un claquement de doigts à la pauvreté. Fairtrade est une composante d’une solution à long terme ; elle ne peut résoudre seule les problèmes contextuels profonds. Même avec une certification Fairtrade, il reste pénible de travailler dans une plantation de bananes ou de café. Le commerce inéquitable n’a pas de bon côté. Il faut donc poursuivre le combat.

À l’avenir, Fairtrade entend aussi développer de nouvelles manières d’amorcer des changements positifs dans les communautés agricoles avec les entreprises. Fairtrade n’est peut-être plus la toute dernière tendance, mais la lutte pour un commerce équitable n’a jamais été plus pertinente qu’aujourd’hui.

Source : Patrick Say, Fairtrade Foundation